Insomnies

Belle est l’insomnie, quand elle est rendue féconde par une agréable lecture ou par le vagabondage créateur de l’esprit. Plus âpre est la fatigue profonde, que l’on ne peut étancher par un sommeil réparateur, car tourmenté, aiguillonné, par la douleur lancinante. Cette nuit-là, n’est que recherche inlassable d’une position, enfantant au forceps d’un hypothétique et … Lire la suite Insomnies

MORENO TROMBETTA Photographe

Mais pourquoi ce besoin de photographier ?
Il y a longtemps déjà, entre oreiller et drap, les méandres du sommeil me transportèrent dans un paysage qui n’avait d’irréel, que sa délicatesse et l’absence de bruit.
Une ruelle ondoyante longeait une prairie gracieusement vallonnée, sa pente lente venait mourir à mes pieds.
Des ondulations suaves du relief, faites de pleins et de déliés, émanait le charme sensuel, du corps gracieusement enrobé d’une femme assoupie nue sur son lit . Que seule la lumière naissante d’un beau début de journée, vaporisée au travers du volet à claire-voie de l’intime alcôve, sait calligraphier.
À quelques enjambées, enveloppée du voile à peine perceptible de la brume matinale, seule et majestueuse, posée sur ce gazon, une élégante bâtisse semblait attendre que je fasse les quelques pas qui me séparaient de sa porte d’ entrée.
Les brins d’herbe tendre que je n’osais fouler, entourant la maison, semés par le printemps, soigneusement affûtés, étaient d’un vert transparent, légèrement striés de fines nervures se dirigeant vers la pointe humectée de rosée, pour se faire embraser par la lumière rasante du lever.
La façade du manoir n’avait pas la couleur brutale d’une peinture murale, elle semblait peinte de la lumière du levant. Elle était d’un jaune pâle,si ci ce n’était d’un blanc crémeux, et paraissait se diluer à la brume légère caressant la maison, conférant au paysage une ambiance délicieuse.
Les ombres transparentes effleuraient les murs sans même les toucher… douces comme les caresses grisantes que s’offrent les amants, aux prémisses de l’amour. Elles tenaient du soupir !
Le songe me transporta au pied d’un vaste escalier décrivant une courbe se perdant dans la hauteur. Il était éclairé par de grandes fenêtres habillées de vitraux, ayant pour motif des halos de lumière. Cette même clarté qui peignait le fronton .
Ils étaient faits de ce rayonnement coquin , qui aime à s’amuser de la légèreté des habits que les femmes ont plaisir à porter, une fois venues les premiers jours du printemps, le long des rues piétonnes.
De cette lumière complice, qui discrètement suggère sans jamais profaner, le secret de ces corps, que la fine texture dont elles se sont drapé, n’a pas pu préserver.
Quand imprudemment, entre lumière et ombre, elles se laissent surprendre par la malicieuse, qui comme le révélateur, au tout début de son oeuvre, dévoile subtilement leur intime beauté.
Les marches, elles aussi, étaient dessinées par ce rayonnement, leur perspective se prolongeait verticalement sur le mur d’en face. Tous ces rayons de clarté esquissaient des formes géométriques. Aucun trais de cette perspective n’était franchement marqué, ils étaient faits d’ un dégradé de tons pastel délicatement estompés , prêt à se diluer à ce nuage vaporeux, qui m’avait précédé.
Pas un bruit…pas une voix… Seules les senteurs subtiles de l’herbe fraîche, et des fleurs des champs, venaient renforcer ce sentiment de sérénité.
Mes yeux se sont ouverts ! Le rêve s’est envolé.
Inlassablement depuis ! Je cherche cette lumière… Finirais-je un jour, par la capturer ?
À bien y regarder, de printemps en printemps, j’aime l’attendre dans les rues commerçantes, comme ailleurs. Disposant çà et là, mon piège à lumière. Souvent sans déclencher, pour le plaisir seulement de la voir s’amuser.
Au fond de moi je sais bien, que quand viendra ce jour, il sera le dernier.
Moreno.
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